UNE PRÉSENCE IMMUABLE
Travaux de sculpture, fruits de la collaboration de
Renoir et Guino
Parmi toutes les créations artistiques de Renoir, ses travaux dans le domaine de la sculpture restent les plus méconnus. Le peintre a commencé à sculpter dans les dernières années de sa vie, entre 1913 et 1918, alors que l’âge et l’arthrite lui avaient rendu la peinture de plus en plus malaisée, malgré le subterfuge qu’il utilisait et qui consistait à attacher, au moyen de liens, le pinceau à sa main. Renoir aurait en effet rapidement abandonné ses rêves de sculpture, et le monde aurait été privé d’œuvres exceptionnelles, sans l’obstination d’un marchand d’art, Vollard, qui l’incita à poursuivre ses ambitions et dénicha un jeune sculpteur, du nom de Richard Guino pour l’assister.
Tout au long de la collaboration entre Renoir et Guino, ce fut Renoir qui choisit les thèmes de leurs œuvres communes, parmi lesquels le feu, l’eau, les femmes ou encore l’amour maternel. Il arrivait fréquemment au peintre d’examiner minutieusement ses propres toiles pour y trouver des scènes ou des personnages susceptibles de devenir les sujets de ses sculptures. Il décrivait alors sa « vision » à Guino qui, à partir de ses instructions, faisait un modèle en terre-glaise ou en cire. Les deux artistes discutaient alors de l’œuvre , y apportaient les modifications nécessaires, après quoi Guino apportait la touche
finale en retravaillant la forme et en coulant la cire.
Renoir et Guino partageaient une complicité et une compréhension réciproque quasi-surnaturelle, lisant dans les pensées et émotions de l’autre comme dans un livre ouvert. La plupart du temps, Renoir exprimait son approbation ou son mécontentement par quelques mouvements de canne, par des petits hochements de tête de-ci de-là ou par d’étranges grognements. L’une après l’autre, des sculptures naissaient de ce processus en apparence simple. Paul Haesaerts déclara au sujet de cette collaboration : « Guino ne fut jamais simplement un acteur lisant un texte ou un musicien interprétant mécaniquement une partition. Ces derniers se contentent d’être des exécutants, ils ne participent en rien au processus de création. Guino était impliqué corps et âme dans l’acte créatif. On peut même affirmer avec certitude que s’il n’avait pas été là, les sculptures de Renoir n’auraient pas vu le jour. Guino était indispensable. »
A la fin de sa vie, Renoir continua à peindre mais ses dernières toiles portent les stigmates de sa santé faiblissante et paraissent en général peintes « à l’aveuglette » voire quelque peu bâclées. Il n’en va pas de même pour ses sculptures. Grâce à la dextérité de Guino, Renoir, qui avait toujours fait grand cas des formes pures, put doter ses sculptures de la puissance caractéristique de ses précédentes peintures. Dans une certaine mesure, les oeuvres sculptées de Renoir sont supérieures à ses toiles car elles possèdent une unité et une forme d’éternité. Elles recèlent une «présence immuable».