26 aquatintes sur papier "Moli-vell" de Guarro comportant en filigrane une tête de taureau dessinée par Picasso
Dimension de chaque feuille : 355 x 500 mm
Edité en 263 exemplaires par l'atelier Roger Lacourière, Paris
En 1957, Picasso exécute en quelques heures à peine cette série de gravures inspirée du traité sur la corrida écrit en 1796 par le célèbre torero José Delgado,
alias Pepe Illo, qui entra dans la légende à sa mort dans les arènes de Madrid en mai 1801.
Le répertoire mythologique de la corrida, comme la plupart des grands mythes populaires espagnols, est profondément inscrit dans la culture originelle de Picasso. Il
est, chez lui, ancré depuis l'enfance et indissociablement lié à l'identité du peuple espagnol. Aussi, la corrida figure-t-elle parmi les thèmes les plus chers et les plus
récurrents dans l'œuvre de l'artiste, offrant des prétextes infinis à sa créativité et illustrant une de ses qualités dominantes : la capacité de se référer à la tradition
et de la revitaliser en l'inscrivant dans une contemporanéité immédiate.
Au très classique traité de Delgado, dans lequel sont fixées les règles de la tauromachie, Picasso répond avec fidélité aux prescriptions du rituel et à la
traditionnelle subdivision en trois actes du combat : action des picadors à cheval, action des banderilleros, mort du taureau.
Si les plaques ont été gravées avec une rapidité qui a étonné même son entourage, elles révèlent la maîtrise d'un sujet dont l'artiste a esquissé l'étude trente
ans auparavant, et témoignent d'un enthousiasme que la maturité n'a pas altéré. Au moyen d'un trait dont la simplicité et le dépouillement sont stupéfiants, Picasso
transcende la cruauté du cérémonial qui fait s'affronter l'homme et la bête, seuls au centre de l'arène et pourtant inscrits dans un rite collectif comme le démontre la
constante présence du public à l'arrière-plan.
La technique de l'aquatinte, qui permet d'obtenir des nuances de teintes en aplat comparables à celles des lavis, offre à l'artiste des possibilités de contrastes
sensibles qui soulignent avec délicatesse l'émotion de chaque scène. Une telle maîtrise ne peut que rappeler les effets de clair-obscur de la Tauromachie de Goya,
qui fut le premier à traiter l'aquatinte d'une façon libre et originale, et dont Picasso a su recueillir et interpréter à son tour les procédés les plus raffinés.